Je me souviens de ces rares moments, de ces rares instants, où tout semblait facile. C'était comme un matin d'été en Provence, tout commençait bien, le soleil, le ciel bleu, les cigales, la chaleur qui caressait mon corps.
Oui c'était comme ces nuits de neige, ou chaque flocon lentement tombe, frôlant à peine mon visage, le balayant d'une douce caresse, ne berçant encore que mon âme, heureuse de ne pas avoir besoin d' yeux.
C'était comme ces longues heures en forêt, le calme, l'odeur des pins, les oiseaux, les ruisseaux, tout se mélangeaient en moi, sans voir, sans croire, je n'avais qu'à fermer les yeux et à laisser mes pensées m'envahir. Et maintenant ?
Maintenant, j'écoute, je les entends! Ces cris, ces échos, ces voix, ces batailles, ces épées. Tout se mêle, tout se tue, tout virevolte. C'est comme regarder la guerre en face et regarder le majestueux balaie de la mort, fauchant tout ce qu'elle trouve, c'est identique à l'amertume de ces regards, de ces gens sans scrupules, qui passent sans même voir les morts devant eux.
Ces oiseaux qui autrefois chantaient bonheur et gloire sifflent maintenant la mort et sa vertu, les ruisseau dans lesquels autrefois nous pouvions boire, se noient maintenant dans le sang, et ce calme qui autrefois m'apaisait disparut dans la cohue des hordes de la nuit.
C'est chaque nuit entendre son souffle à ma porte, entendre ses griffes glisser contre ma vitre, c'est son odeur qui m'empêche de dormir, et sa fureur qui me nuit. C'est dans le noir, voir ces formes, voir ces gens, entendre ces cris, ces pleurs, ces vies qui se finissent chaque seconde. C'est voir ses yeux, transperçant le noir, c'est mourir à petit feu chaque soir.
Et c'est alors qu'on se pose la question, pourquoi ? Celle qui nous hante, par peur, par folie. C'est ne plus ressentir que tristesse et ennuie, que peine et haine, qui murmurent chaque seconde leur venin qui se répand dans mes veines. Ce même venin qui autrefois lui donna les reines de son chars d'ossement m'empoisonne la vie, et pour que chaque seconde soit vaine, je me change petit à petit.
Comme transporté vers un lointain passé c'est vivre sans jamais écouter, c'est survivre sans jamais regarder, et se dire que chaque jour, tout est à recommencer. C'est chaque seconde, oublier ce nom qu'il m'a donné, c'est essayer de se dire qu'une autre voie est possible, c'est un espoir sans fin, qui finalement, nous transporte encore vers un autre lendemain, tout identique au précédent, une bataille sans fin, d'un nuit et d'un quotidien.
==> Et si un jour je devenais celui qu'il voudrait que je soit, alors serais-je assez fort pour ne pas le suivre ? <==
†Nemesis†